Mon coeur est parti en voiture. Ensuite je me suis mise à entendre des bruits de moteur et je croyais qu’il revenait prendre place dans ma poitrine. Mais c’était pas la réalité. Le vrai sort de mes yeux et s’étend un peu trop. Il brise mon visage car il mêle mes traits, ils ne savent plus quoi faire pour se décrisper. J’ai franchement envie de mourir, ou peut être que les images qui jouent dans ma tête s’éteignent, effaçant les souvenirs jolis qui sont maintenant inutiles. Parce que j’ai encore perdu. Mais cette fois c’était plus, c’était trop et c’était vain.
J’ai déjà été empreinte d’une lucidité exemplaire qui me permettait de me considérer avant d’agir. Peut-être que de m’être observée dans un miroir, cette bouche trop petite pour exprimer des idées intéressantes, ces yeux miniatures trop myopes pour voir autre chose que des illusions et ces membres trop peu agiles pour bouger à leur aise… J’aurais vu l’horreur. J’ai offert à la vie une horreur de la nature pour qu’elle puisse l’utiliser pour se moquer. De sa naïveté, de son coeur, (qui n’existe plus, je vous le jure, il n’existe plus, il est parti en voiture et il ne reviendra pas) et de ses histoires.
L’important c’est d’essayer de créer l’amour. Peut importe si cette tentative inutile implique la détresse. Parce qu’il ne faut pas penser aux autres. Surtout pas aux autres qu’on veut essayer de peut-être apprécier un petit peu ou jamais. C’est un peu con. Les MOI invisibles aux yeux du coeur. Moi je veux disparaître, c’est plus poli le mot disparaître.
A un certain moment dans ma vie j’ai tellement eu mal que j’ai pleuré. J’ai eu un haut le coeur mais il n’est pas sorti par ma bouche, il est parti en voiture. Il aurait pu sortir. Mais il est parti en voiture. Pas si loin mais quand même.
Sur moi il y a du sang qui coule par des plaies qui n’existent pas, qui voudraient s’ouvrir et prétendent s’infecter. Un mal imaginaire qui s’étend sans qu’on l’aie invité mais qui crée des dommages réels irrévocables. J’ai du mal à vomir sans que ça paraisse lorsque je suis parmi une foule. Je crache de la honte qui m’asphyxie et paralyse ma gêne.
Le plus étrange c’est le bruit de cet organe qui n’existe pas mais qui prétend habiter dans ma poitrine. Parce que j’avais un cœur à cet endroit il y a quelques heures mais il est parti en voiture et il ne reviendra jamais.